novembre 02

Julie Tremblay Éducatrice de jeunes enfants

On dit souvent que la philosophie ne sert à rien ; que les philosophes ne vivent pas dans la même réalité que les gens normaux ; qu’ils compliquent tout en inventant de nouveaux mots, ou encore en utilisant les mots courants, mais sous un autre sens ; etc. Mais laissez-moi vous dire que de mon double point de vue, ayant à la fois un pied dans les cieux philosophiques (puisque j’ai un baccalauréat et une maîtrise en philosophie) et un autre sur le plancher des vaches (en effet, y a-t-il plus terre-à-terre que de s’occuper d’enfants ?), rien ne m’est plus utile dans ma vie quotidienne que la philosophie!

Je suis en relation avec des enfants à chaque jour de ma vie. Que ce soit mes filles à la maison, les enfants de la prématernelle où je travaille, ou encore les enfants des écoles dans lesquelles j’anime des ateliers de philosophie pour enfants, et je suis plus que persuadée que ce bagage philosophique que j’ai la chance d’avoir me permet de mieux comprendre le sens qui se cache derrière les questions que ces enfants me posent chaque jour…

Lorsqu’une petite fille de 4 ans te demande : « pourquoi on s’aime, maman? », elle ne veut pas entendre : « je t’aime parce que tu es ma fille ».  Elle veut savoir ce qu’est l’amour, pourquoi et comment l’amour unit deux êtres différents, peut-il cesser comme il a commencé, peut-on et doit-on aimer tout le monde, etc. Les enfants aiment aller au fond des choses et leurs questions sont souvent beaucoup plus profondes et beaucoup plus philosophiques qu’elles ne le paraissent. Du haut des nuages que je pellette, je ne sais pas plus qu’un autre qu’elle est la bonne réponse à donner à cet enfant. Mais je peux au moins écouter vraiment ses questions et peut-être même, si j’en ai le courage, me les poser avec elle…

Dans le fond, avons-nous vraiment quelque chose de plus urgent à faire que de répondre à la question d’un enfant ?…

Julie Tremblay
Baccalauréat et maîtrise en philosophie