novembre 08

Alexis Martin   Comédien et metteur en scène

Depuis que je fais profession de créer des pièces de théâtre, la philosophie a été une compagne fidèle et dérangeante : je n’y ai jamais trouvé réconfort ou confirmation, mais beaucoup de doute et une invitation à radicaliser ma parole ; en fait, la philosophie m’a affronté si souvent dans mes préjugés, les a défaits, m’a poussé à trouver d’autres chemins d’expression, non seulement politiques, mais personnels. Quitte à les réunir et les amalgamer de la façon la plus inconfortable qui soit.

Je n’attends aucun réconfort de la philosophie ; en fait, je la redoute : quand j’y retourne, que ce soit chez Heidegger, Bataille, Artaud ou Deleuze, ce que je tenais pour tangible, tremble, s’effrite et tout est à recommencer. Et passé un léger écœurement (toute philosophie est liée à la digestion, je suis sûr), un appétit nouveau, plus libre, jeune, hargneux, se découvre. Et la quête peut continuer, mais sans amertume, libre de ressentiment, jusqu’au prochain épisode où ce maudit plâtre liquide s’insinue dans vos bronches et vous fait tousser : « Je me rends… »

La philosophie, c’est le dernier quartier avant l’abandon à cette vie liquide et pleutre qui nous cerne, cette pluie fine qui tombe sur les villes minières qui se réveillent couvertes de poussière fine et invisible, cette maudite mort qui passe par les ruelles de la fortune ordinaire, ces villes qui ne veulent plus rêver les anciens tréteaux festonnés de paroles tueuses.

La philosophie c’est, pour moi en tout cas, le désir de créer une ville : une communauté où ceux qui existent ensemble parlent de ce qui encourage la vie, magnifie la vie, se rend à la vie, des choreutes déposant des tributs au mystère insondable qui nous fait demander, trop peu souvent : pourquoi y a t’il quelque chose et non pas rien ?

Alexis Martin
Baccalauréat en philosophie