février 04

Alexis Lamy  Coordonnateur

Je suis tombé dans la philosophie sans y prendre garde, lors de ma dernière session de cégep. Inscrit en un autre programme, je me suis retourné une semaine avant le début des classes pour le bac en philo. J’ai continué avec la maîtrise, non sans hésitation, même si j’étais certain que je ne travaillerais pas dans le domaine, probablement pour m’éviter d’avoir à trancher, à choisir en retranchant. Sachant seulement que la philosophie était ce qui me permettait de mieux réfléchir sur tout, d’avoir une approche englobante de toute question sociale.

Je me destinais à autre chose, et la philosophie pouvait m’y préparer. Après un stage en Afrique, j’ai conclu mon mémoire et j’ai commencé à m’impliquer en immigration. La philosophie m’a donné cette posture particulière d’être attentif à ma façon de concevoir les choses, tout en étant réceptif à l’autre, comprenant ses paroles et gestes en fonction de la vision du monde dans laquelle il baignait, mais sans faire de cette vision particulière un mode subjectif ou culturel inaccessible et figé : la beauté de la philosophie est de créer ces fenêtres par lesquelles des individus pris dans leur contingence peuvent communiquer et apprendre ce qui échappe à leur expérience limitée.

Je travaille maintenant à l’accueil des réfugiés, dans un programme multidisciplinaire où je coordonne les efforts de divers professionnels de la santé. Sans avoir étudié moi-même en santé, je dois concevoir une vision globale pour l’intervention, faire en sorte que chaque action singulière soit complémentaire aux autres et s’inscrive dans une démarche d’intégration du réfugié à la société, de concert avec des acteurs communautaires. Ce ne sont pas les systèmes philosophiques qui éclairent ma démarche, mais le double standard de cohérence et de rigueur qui est présent dans toute œuvre philosophique signifiante.

Hors de ces aptitudes concrètes, la philosophie m’a toujours semblé la science par excellence, celle du questionnement comme tel, de la jonglerie existentielle sans laquelle le mystère qui nous environne est platement gobé par la simplicité routinière. Le dialogue avec les grands auteurs fait prendre conscience de nos limites, de nos préjugés, de notre cheminement inconscient vers la dignité. Surtout, la philosophie enseigne que poser la question est bien mieux qu’y répondre. On ne s’en sort jamais. Je souhaite à tous de se la poser.

Alexis Lamy
Baccalauréat et maîtrise en philosophie