février 09

Jérémie McEwen   Enseignant de philosophie

J’aime la philosophie, mais plus souvent qu’autrement, je fuis les philosophes. Je m’emmerde terriblement en leur compagnie, donc je les évite le plus possible.

J’adore cette discipline, évidemment, puisque c’est avec elle que j’ai décidé de gagner ma vie. Je pense néanmoins que les gens ont souvent raison de détester les philosophes et leur côté asocial, moralisateur, paternaliste et hautain.

Je crois que le plus important, si on ne veut pas donner raison aux philophobes en tant que philosophe, c’est de se rappeler constamment que la seule façon d’être un bon philosophe est de mettre parfois de côté ses livres, et de retourner dans le monde concret. En un mot, il faut faire de la philo avec des gens qui ne sont pas philosophes : si on ne s’intéresse pas à eux, pourquoi s’intéresseraient-ils à nous ?

Quand on oublie de parfois déposer ses livres, on tombe dans la masturbation intellectuelle hermétique et asociale. C’est ça que les gens détestent de la philo, et quand ça devient ça, c’est effectivement haïssable.

Si un philosophe n’est pas au service des gens autour de lui, je ne crois pas qu’il fasse un travail très utile. Et l’inutilité est la pire chose qui puisse arriver à un penseur, comme à toute personne.

Jérémie McEwen
Baccalauréat et maîtrise en philosophie