mars 13

Catherine Leroux   Auteure

J’ai vingt ans, je suis attablée devant une robuste dinde de Noël, chez mon nouveau copain. Sa parenté comprend des médecins, des avocats, des ingénieurs, bref, des gens qui n’ont pas consacré trois ans de leur vie à « pelleter des nuages ».

Après les politesses d’usage, l’inexorable question se présente. Une tante, vraisemblablement actuaire ou chirurgienne, se tourne vers moi avec un sourire bienveillant. « Et toi, Catherine, en quoi étudies-tu? » Sachant trop bien ce qui m’attend, je réponds en m’efforçant de marmonner suffisamment pour que l’on confonde ma réplique avec « Physique » ou « Pédagogie ». Sans succès.

Un silence lourd comme du gravy s’installe. Mais alors que je m’apprête à fondre dans mes souliers, une voix de stentor retentit avec tout l’éclat d’un miracle de Noël. « Ah la philosophie! La plus belle discipline au monde!! »

Il s’agit du nouveau conjoint de ma belle-mère, qui occupe à ce moment le poste de ministre de la Santé ce qui, il va sans dire, fait de lui le personnage alpha de la soirée. Après la fracassante déclaration par laquelle il m’a sauvée de l’opprobre, l’homme vient prendre place à mes côtés pour me raconter combien ses années d’études en philosophie avaient été les plus riches de sa vie, et réitérer sa conviction (dont il est la preuve vivante) que cette discipline peut mener à tout, absolument tout!

Jamais plus, suite à cet incident, n’ai-je hésité à parler de ma formation en philosophie.

La suite de mon parcours m’a démontré à quel point le ministre avait raison. La philo m’a appris à repérer les failles d’un raisonnement, à poser les bonnes questions et à structurer ma pensée avec rigueur, des atouts qui m’ont ouvert toutes grandes les portes du métier de journaliste.

Aujourd’hui, comme auteure, mon bagage philosophique continue de me suivre. Dans mes romans, je cherche naturellement à aller au fond des choses – je dis souvent que j’aime placer mes personnages dans des « situations limites » — je me plais à chatouiller les extrêmes, à questionner la multiplicité de l’expérience humaine, et à faire réfléchir mes lecteurs.

Mais surtout, je m’efforce de mener une bonne vie, ce qui, pour moi, signifie prendre des décisions qui sont en adéquation avec mes valeurs et mes convictions.

Catherine Leroux
Baccalauréat en philosophie
Certificat en journalisme