mars 16

Lisa Desrochers   Enseignante au secondaire

Contrairement à d’autres qui font leur « coming out », ma formation initiale n’est pas en philosophie.

Je ne me souviens pas de mes cours de philosophie au cégep à l’exception de celui où j’étais assise à côté du beau Nicolas. Je n’ai pas non plus été séduite par un auteur au cours de ma jeunesse. Avec le recul, je réalise que la philosophie et, plus spécifiquement, le type de philosophie pour lequel je cultive une affection singulière se sont introduits dans ma vie de façon étonnante.

J’ai découvert la philosophie pour les enfants selon l’approche du philosophe Matthew Lipman lors d’un stage de coopération international au Togo, en Afrique de l’Ouest. Des collègues enseignants avaient mis sur pied des communautés de recherche philosophique avec des élèves d’un collège. Convaincus que l’exercice me plairait, ils m’avaient invité à participer à un de leurs cours. C’est alors, à l’autre bout du monde, que j’ai eu la piqûre pour une approche qui, aujourd’hui plus que jamais, se retrouve au cœur de mon enseignement.

En effet, bien qu’enseignante au secondaire en éthique et culture religieuse, ce coup de cœur pour la philosophie m’aura poussé à entreprendre un microprogramme en philosophie pour les enfants à l’Université Laval pour ensuite compléter un microprogramme de deuxième cycle en philosophie pour les enfants et prévention de la violence. En collaboration avec Michel Sasseville, j’ai par la suite travaillé à former les enseignants du collège où j’œuvre à l’approche de Lipman afin que la communauté de recherche philosophique devienne une méthode utilisée par tous les enseignants d’éthique et culture religieuse de notre école.

Dès le départ, la communauté de recherche philosophique s’est révélée un médium riche pour éduquer mes élèves au dialogue et leur instiller, à mon tour, le goût de la recherche philosophique. Cette approche me permet d’enrichir mon enseignement à bien des égards : partager avec mes élèves ce plaisir de penser avec les autres, leur proposer des outils de pensée pour les aider à développer un jugement plus critique, plus nuancé, collaborer à construire avec eux des « métas » réflexions où la rigueur est de mise, questionner en ayant le souci constant de faire des liens, de relever des présupposés, d’approfondir des concepts, d’identifier des conséquences, etc. Bref, cet acte qu’est celui de penser, non pas plus mais mieux, dans la perspective d’un vivre-ensemble harmonieux, je le dois à la philosophie.

Aujourd’hui, je réalise que la pratique de la philosophie a provoqué chez moi une ardente envie d’apprendre, de comprendre. Je souris à l’idée d’enrichir ma culture philosophique par l’étude de son histoire. Je m’étonne même à vouloir suivre un cours de principes de logique lors de mes prochaines vacances. La philosophie m’a ouvert les portes d’un univers infini de questions, de réponses et de perspectives auquel je désire participer et surtout, partager avec d’autres.

Lisa Desrochers
Microprogramme en philosophie pour enfants
Microprogramme en philosophie pour enfants et prévention de la violence