avril 14

Mathieu Gravel   Ostéopathe

Depuis que je me souviens, j’ai toujours été d’une nature curieuse. Au début de la vingtaine, j’étais attiré vers la médecine chinoise – bon, j’ai fini en ostéopathie, mais ça, c’est une autre histoire.

J’étais épris de trop de questions et je ne me sentais pas assez mature pour prendre en charge un patient. J’ai donc décidé de faire un bac en philo, pour le plaisir. Drôle de plaisir pour certains, j’en conviens. Néanmoins, cela a été pour moi une époque de « stéroïdes spirituels » où j’ai pu me positionner face à certaines problématiques humaines fondamentales. Après avoir étudié le Bien, il était temps de redescendre dans la caverne et de le faire. C’est donc en me sentant « plus humain » que j’ai abordé mes études en ostéopathie.

La philosophie est une partie forte importante de moi et de mon métier et j’en ai toujours été bien fier. Bien sûr, je ne pense pas aux catégories de la raison quand j’ajuste une vertèbre cervicale ou à l’épochè husserlien lorsque je dégage les os crâniens d’un nouveau-né.

Néanmoins, la philo est là et m’accompagne dans la mesure où l’acte médical requiert une réflexion sur l’humain dans toutes ses dimensions : corporelle, émotionnelle et spirituelle. De plus, la médecine dans son sens le plus large, cet « art au carrefour de plusieurs sciences », procède de méthodes et d’une histoire qui sont indissociables pour bien la comprendre et la faire évoluer.

C’est un truisme que de dire que mon parcours en philosophie m’a permis de développer un esprit critique, pourtant cela est capital, surtout pour mon domaine. L’ostéopathie se situant entre la médecine « officielle » dite scientifique et les médecines alternatives, je suis confronté à une panoplie d’idées, d’articles, de données qui ont leurs forces et leurs faiblesses, qui sont souvent – et malheureusement – en opposition de façon dogmatique et bornée.

Dans une très grande mesure, la philosophie m’évite de tomber dans une étroitesse d’esprit qui vient avec les limites du modèle scientifique appliqué au vivant et, à l’opposé, elle m’empêche de verser dans « l’ésotérisme new age » et ses explications faciles et superficielles.

Non seulement j’ai développé un esprit critique, mais également un esprit d’analyse et de synthèse incroyable et cela me permet de faire des liens entre diverses disciplines du monde médical : embryologie, anatomie, physiologie, pathologie, etc. en plus d’interroger leurs concepts de façon plus pointue.  C’est donc dire que la philo m’aide énormément à faire un tri dans cet univers et à le nuancer à fin d’éclairer mon jugement thérapeutique et de conseiller mieux les patients.

D’ailleurs, la relation thérapeutique bénéficie également de la philosophie dans la mesure où je dois emmener le patient à faire des prises de conscience par rapport à son état de santé et ses habitudes de vie. Ultimement, nous visons la responsabilisation du patient et cela doit venir de lui-même. Cela est la même chose que la maïeutique socratique, cet « art de faire naitre » le savoir contenu dans le plus profond du patient.

Bref, mon parcours en philosophie reste pour moi une fierté et surtout un outil du quotidien qui m’aide à tendre vers l’idéal du corps sain dans un esprit sain!

Mathieu Gravel
Baccalauréat en philosophie