mai 07

Alexandre Lavallée Responsable de la campagne philophobie

J’ai 19 ans.

Je suis supposé partir en Europe, mais un imprévu m’en empêche. Encouragé par mon père, je décide de m’inscrire à l’université. Mais dans quel programme? Je choisis de faire ce que tout le monde conseille de faire, mais que si peu ose : sélectionner un programme uniquement en fonction de mes intérêts, sans me soucier de mon avenir professionnel ou financier.

Je consulte la quasi-totalité des descriptions de cours offerts à l’Université Laval. Les cours de philo sortent gagnants. Des questions vraiment passionnantes y sont abordées.

Mais je suis inquiet. Philo? J’hésite. Je relis toutes les descriptions. Non, définitivement, c’est philo. Tant pis. Si je découvre que je n’aime pas ça, je ferai une seule session, puis je passerai à autre chose.

Finalement, j’ai diplômé d’un baccalauréat et d’une maîtrise. Et je l’ai finalement eu, mon voyage en Europe! Vive les programmes d’échange.

 

Relations publiques

Avant de quitter l’université une fois pour toutes, je tenais toutefois à vivre les études supérieures depuis une autre perspective. J’ai donc poursuivi avec un DESS en relations publiques. Ce domaine aussi m’intéressait grandement.

C’est pendant mes études en relations publiques que j’ai eu l’idée de lancer la campagne « Ensemble contre la philophobie ». Mais ce n’est qu’une fois revenu d’un voyage post-études que j’ai rencontré le doyen de la Faculté de philosophie pour concrétiser le projet (voir la section À propos).

 

Après l’université

Cela fait maintenant un an que j’ai quitté l’université. Plus mes études en philosophie m’apparaissent lointaines, plus je constate leur pertinence. Un peu comme il est plus facile de prendre conscience des caractéristiques de sa propre culture après être parti en voyage, je constate aujourd’hui plus aisément à quel point, comment dire, notre monde « manque » de philo.

Pendant que j’étais responsable de la campagne « Ensemble contre la philophobie », j’ai été engagé comme rédacteur marketing dans une entreprise qui conçoit des logiciels de gestion comptable, poste que j’occupe toujours actuellement. Ayant senti l’appel de l’engagement citoyen, je me suis aussi beaucoup impliqué en politique pendant la dernière campagne électorale.

Dans les deux cas, j’ai pu constater l’utilité de mes études en philosophie. Ou du moins, j’y ai cru. Car pour être honnête, il est difficile de déterminer quelles parts de nos capacités cognitives dépendent de notre programme d’étude, de notre éducation familiale, de nos expériences sociales ou simplement de notre personnalité.

Je crois que mes études en philosophie m’ont aidé à exploiter mon potentiel en me fournissant un cadre disciplinaire et une communauté qui partage mes intérêts et mes expériences. Un peu comme il est possible de s’entraîner physiquement seul chez soi, mais qu’il est toujours plus efficace de s’inscrire à des cours de groupe dans lesquels un leader fixe des objectifs précis.

 

La pertinence de la philosophie

Mais de toute façon, la philosophie n’a pas à développer des capacités pertinentes sur le marché du travail ou dans le domaine de la politique pour être légitime. Elle peut le faire, mais « par la bande ».

Son but, si elle en a un, c’est plutôt de nous former en tant qu’humain. De nous apprendre à dialoguer avec respect et intelligence. De nous apprendre à nous découvrir nous-mêmes. De nous donner envie de découvrir le monde. De nous donner les outils nécessaires pour nous libérer des dogmes. De nous donner l’occasion d’exploiter nos passions intellectuelles. Et de nous enseigner à prendre un recul par rapport à notre propre vie.

L’emploi constitue une partie importante de nos vies. Quand on étudie en philosophie, on a tendance à l’oublier. Mais ce n’est qu’une partie de nos vies. Quand on ne s’intéresse aucunement à la philosophie, c’est plutôt cela qu’on a tendance à oublier. Et c’est bien pire.

Je vous ai dit que j’étais inquiet lorsque mon choix s’est arrêté sur « philo », il y a maintenant presque 8 ans. Il n’y avait pas de quoi l’être. Ou du moins, pas autant que je l’aurais cru. Je tenais à le faire savoir avec cette campagne. Car je crois qu’avec tous les défis qui nous attendent au XXIe siècle, le Québec – voire le monde – aura besoin de philo. Et je suis heureux de me considérer comme un des ambassadeurs de cette discipline.

Alexandre Lavallée
Baccalauréat et maîtrise en philosophie
DESS en relations publiques