février 18

Jean Frédéric Ménard  Avocat

Quand j’étais à l’école secondaire, j’ai découvert la littérature existentialiste, dévorant les mémoires de Simone de Beauvoir, ainsi que les romans et les nouvelles de Jean-Paul Sartre et d’Albert Camus. J’ai voulu en savoir plus sur ces auteurs, ce qui m’a mené à emprunter L’Être et le Néant à la bibliothèque municipale. Confronté à un ouvrage proprement incompréhensible, je me suis tourné vers le père d’un ami qui enseignait la philo pour qu’il me recommande 3 ou 4 livres qui m’aideraient à apprivoiser la somme sartrienne. Ce dernier a dû rigoler doucement devant ma naïve ambition et m’a plutôt suggéré de commencer avec les dialogues de Platon. C’est ce que je fis et je me suis trouvé rapidement envouté.

Au moment de choisir un programme universitaire, j’avais l’intuition qu’il valait mieux résister à la tentation de me spécialiser trop rapidement et que c’était du côté de la philo que je pourrais acquérir une solide formation intellectuelle. En plus, j’aurais l’occasion d’en apprendre plus sur le garçon de café de Sartre. Au terme de mon baccalauréat en philosophie à l’Université Laval, j’ai été confronté à un choix déchirant : continuer à étudier la philosophie aux cycles supérieurs ou m’engager sur la voie d’une carrière professionnelle.

J’ai finalement opté pour des études en droit, croyant que je laissais la philo derrière moi. Or, j’avais tort. La philosophie est restée au cœur de mes préoccupations et m’a aussi donné un avantage indéniable dans mes études juridiques. D’ailleurs, je n’étais pas le seul. La plupart des philosophes « défroqués » que j’ai rencontrés à la Faculté de droit de McGill ont eu beaucoup de succès dans leurs études et continuent d’en avoir dans leur pratique.

Logique, rigueur et finesse d’interprétation : voilà autant d’habiletés qui caractérisent le philosophe et qui sont aussi précieuses pour le juriste. J’ai eu la chance de travailler comme auxiliaire de recherche pour une juge de la Cour suprême du Canada, comme fiscaliste, comme chercheur en droit et comme consultant en éthique clinique dans un hôpital pédiatrique. C’est dans cette dernière occupation que ma formation philosophique rejoint le plus ma formation juridique. C’est aussi grâce à ma découverte de la bioéthique que je me suis réengagé sur le chemin de la recherche et de l’enseignement que je croyais avoir abandonné. Je prépare donc une thèse de doctorat où le droit et l’éthique se disputent la place centrale. Comme quoi, on peut quitter la Faculté de philo sans pour autant que la philosophie nous quitte.

Jean Frédéric Ménard
Baccalauréat en philosophie
Baccalauréat en droit